Europe

Chaque jour, TV-Loukachenko contre « la foule zombifiée par les réseaux sociaux »


Un manifestant brandit l’image transparente d’un poste de télévision, portant le message « La vérité !!! », lors d’une protestation contre les violences policières se déroulant devant le siège de la télévision étatique, le 15 août à Minsk.

En août 1991, le putsch de Moscou, mené contre Mikhaïl Gorbatchev par les tenants d’une ligne dure au sein du Parti communiste, s’était accompagné d’un black-out télévisuel. Pour des millions de Soviétiques, de Minsk à Tachkent, cet événement est indissociable de la diffusion du Lac des cygnes, interminable ballet diffusé pendant les heures les plus chaudes du putsch.

L’époque a changé, et dans la Biélorussie indépendante en proie à une contestation d’une ampleur inédite, impossible de faire l’impasse sur les manifestations quotidiennes qui, dans toutes les villes du pays, demandent le départ du président Alexandre Loukachenko. La stratégie adoptée par la télévision nationale est même inverse : saturer l’espace médiatique, rendre le président incontournable.

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A vrai dire, il n’a pas fallu se forcer outre mesure. M. Loukachenko est depuis longtemps l’inamovible héros des journaux télévisés, de celui de 13 heures comme de celui du soir. On lui attribue souvent trente minutes d’antenne sur les quarante-cinq que durent les journaux. Inaugurations, rencontres avec de hauts fonctionnaires, le schéma est toujours le même : le chef parle, longuement, les subordonnés ou les invités hochent la tête avec respect et compréhension. Ce qui a changé, depuis quatre semaines que dure la contestation, c’est le profil des « invités » du président : on voit désormais en permanence le chef du KGB, ceux de la police et des autres structures de force…

Aux rencontres et visites du président succèdent les inspections menées par ses proches dans les régions. Avec, à chaque fois, des conclusions similaires, quelle que soit la chaîne : « Le scénario des révolutions de couleur a échoué », « les Biélorusses continuent de résister aux pressions extérieures », « l’armée garantit la sécurité »… De temps en temps, un autre sujet s’invite dans ce panégyrique, mais qui vise aussi à défendre le président : « Malgré la psychose autour du coronavirus, l’économie est en croissance », « les entreprises fonctionnent normalement », « nos usines conquièrent de nouveaux marchés »

Parole non donnée aux manifestants

Chaque dimanche, depuis la réélection frauduleuse du président, le 9 août, des centaines de milliers de manifestants pacifiques défilent dans toutes les villes du pays. Difficile pour la télévision publique d’ignorer totalement ces événements que chaque Biélorusse peut voir à sa fenêtre, mais les cortèges massifs ne sont jamais montrés intégralement pour éviter l’effet de masse, et la parole n’est jamais donnée aux manifestants. Les images des manifestations sont d’ailleurs fournies par la police, et non tournées par des journalistes, invisibles durant les manifestations.

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