France

Conflans: «Pour nous musulmans, c’est une quadruple peine»

Ghaleb Bencheikh préside la Fondation de l’islam de France (FIF). Lui-même ancien enseignant et directeur d’établissement scolaire, il revient sur l’assassinat vendredi, de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine.

Que vous inspire l’attentat qui a eu lieu, vendredi soir, à Conflans-Sainte-Honorine ?

Le cauchemar se poursuit mais notre détermination à venir à bout de ces actes est absolue. Nous n’abdiquerons jamais. Notre volonté de résistance est totale.

Pourquoi s’en prendre, selon vous, à un enseignant ?

Manifestement, le criminel qui a commis cet acte méconnaît le respect que la tradition islamique porte au maître, à celui qui enseigne. Ahmed Chawki, un poète mort en 1932, a écrit ce vers: «Lève-toi et marque ton respect à l’égard du maître car le maître a failli être un prophète.» Dans la logique du terroriste, c’est, me semble-t-il, la personne qui a osé montrer, une nouvelle fois, les caricatures qui a été frappée, ce n’est pas l’enseignant en tant que tel. Mais ne finassons pas! L’horreur et l’effroi nous frappent tous. Au-delà de la sidération, notre engagement à éradiquer le terrorisme islamiste ne souffre aucun atermoiement.

Une campagne était menée contre ce professeur par des milieux fondamentalistes musulmans.

Je l’ai appris vendredi soir. Et j’en étais abasourdi! Ses responsables doivent en répondre moralement et pénalement. Malheureusement, ceux qui n’ont que trois cents mots pour s’exprimer sont potentiellement violents, surtout si on leur tient des discours de victimisation. Il faut arrêter cette rhétorique qui consiste à dire: insurgez-vous si l’on s’en prend au sacré, à votre religion!

Après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine, des milieux politiques de droite et d’extrême droite ont expliqué que l’islam serait intrinsèquement violent. Que leur répondez-vous ?

Peu importe ce que l’on dit ou fait, ces gens-là n’entendront jamais rien. Cet extrémisme engendre l’extrémisme de l’autre bord. Ils se nourrissent les uns des autres. Et nous nous retrouvons pris en tenailles entre deux mâchoires, celle de l’extrémisme jihadiste et celle de l’extrême droite «identitariste» et suprémaciste. Il y a, en islam, un courant non violent très peu connu. Mais quoi qu’il en soit, pour nous musulmans, c’est une quadruple peine: la barbarie qui sévit est commise au nom de notre religion, nous sommes soupçonnés d’en être solidaires, les musulmans sont eux-mêmes touchés par ce terrorisme et quoi que nous entreprenions, nous n’arrivons pas pour le moment à l’endiguer. En dépit de ce désastre, notre résistance est invincible.

Que peuvent les responsables musulmans français face à une telle situation ?

Je ne suis pas homme à dire: il fallait faire ceci ou cela. Depuis les exactions du GIA en Algérie, nous répétons ce discours selon lequel l’islam est une religion de paix, qu’il ne faut pas faire l’amalgame. Mais ce n’est pas suffisant, loin de là. Il est nécessaire de revenir à la dimension d’amour et de miséricorde, de non-violence. De revenir à la figure du Prophète qui, battu et lapidé, rétorque [à l’instar de Jésus sur la croix, ndlr]: «Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font.» Cela doit être la priorité de tous les imams de France qui doivent l’enseigner du haut de leur chaire.

Bernadette Sauvaget

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