France

Des Niçois manifestent contre une piste cyclable

Une grande menace pèse sur la cinquième ville de France, au point qu’Eric Fouzari, le président du comité de quartier du Parc impérial, a organisé une manifestation devant la mairie avec une quarantaine de voisins. L’objet de leur colère : la piste cyclable que la mairie à fait aménager il y a un peu plus de deux mois, à la sortie du confinement, sur le boulevard Gambetta qui relie la gare à la plage. Sur le téléphone, son argument fort : une photo de la piste «prise à 13h50» et «sans vélo». Sous entendu, cet aménagement ne sert à rien. La main sur le cœur, Eric Fouzari jure qu’il n’a rien contre le vélo. «On n’est pas contre les pistes cyclables, mais on est pour le rétablissement de la circulation sur l’avenue, résume-t-il. Aujourd’hui, on ne peut pas éviter le trafic automobile sur le deuxième axe de Nice.» 

«Un peu comme le mur de Berlin»

Parmi les gens qui manifestent, il y a Marie. Elle a découvert la nouvelle piste cyclable en ouvrant ses volets le 11 mai dernier. Elle dit que «c’était un peu comme le mur de Berlin». «On s’est réveillé le matin et on s’est dit : c’est quoi ce bordel ?» En une nuit, l’une des artères principales de Nice, a troqué ses trois voies de circulation pour une bande cyclable au milieu et deux voies de bus en site propre de part et d’autre. «On se retrouve face à un boulevard désert. On a l’impression d’être encore pendant le confinement : il n’y a pas un chat, argumente la trentenaire. Le quartier se vide, on a peur que la qualité de vie se dégrade.»

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Evincés du boulevard Gambetta, les automobilistes se sont reportés sur les rues adjacentes. Le trafic de voiture a joué les vases communicants, venant encombrer d’autres secteurs. «On a pénalisé les rues adjacentes. On demande une concertation pour que les nuisances soient prises en compte» expose Eric Fouzari.

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Depuis 2008, Nice s’attache à rattraper son retard en matière de pistes cyclables, arrivant à 75 kilomètres en 2019. Avec la crise du Covid, le maire LR Christian Estrosi a enclenché un «programme de mobilité douce», dix-huit mois après son plan vélo. La transformation du boulevard Gambetta en fait partie. «On a essayé d’apporter au moment de ce déconfinement des solutions provisoires palliatives, a rappelé vendredi le maire de Nice en conseil municipal. Ça plaît, ça ne plaît pas. Toujours est-il qu’aujourd’hui, on a un comptage avec près de 3 000 passages [de vélos ndlr] par jour» sur le boulevard. La piste est donc provisoire, dans l’attente d’un aménagement plus élaboré. Une procédure de concertation publique vient d’être lancée. «La réalité, c’est que les gens ont envie d’avoir de l’espoir pour ce boulevard, pour qu’il ne soit pas un boyau de circulation, complète l’adjoint à la circulation, Gaël Nofri. Condamner le projet avant même de l’avoir entendu, c’est une posture politique.»

«Pour avoir les voix des écolos»

Claire et Loïc sont opticiens sur le boulevard. «On est pour un changement, mais un changement intelligent avec une consultation, explique le couple. C’est une hérésie d’avoir supprimé la voiture. Nos clients nous le disent : s’ils ne peuvent plus s’arrêter devant la boutique, ils iront ailleurs.» Sur le même trottoir, Léna tient une épicerie russe. Elle affirme avoir perdu la moitié de son chiffre d’affaires depuis le 11 mai. «Les gens ne passent plus devant la vitrine, ils ne peuvent plus s’arrêter pour charger les courses. Chez moi, on achète des bocaux : c’est lourd. Quand on fait les courses, on ne vient pas à pied.»

Contre le vélo, dans la manif c’est la foire aux arguments : Loïc estime que «Nice n’a pas la même topographie que Strasbourg», Claire qu’il est difficile de remonter en pédalant chez elle «avec les enfants et les courses» et Julien que les pistes font partie d’un «urbanisme vert pour avoir les voix des écolos». Dominique raconte qu’elle a failli «se faire renverser deux fois par des cyclistes qui ne s’arrêtent pas aux feux rouges» et Nathalie que les personnes âgées sont pénalisées. Tous ne refusent pas les pistes cyclables, mais les verraient bien ailleurs, «dans de petites rues». Pour prouver qu’elle n’est pas de mauvaise volonté, Nathalie est arrivée à la manifestation à vélo.

Mathilde Frénois correspondante à Nice

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