Europe

En Turquie, le difficile combat de Melek Cetinkaya pour innocenter son fils


Melek Cetinkaya montre une photo de son fils le 8 février à Ankara, Turquie.

LETTRE D’ISTANBUL

Melek Cetinkaya n’a jamais manqué un seul parloir avec son fils, un élève officier condamné dans la foulée des purges qui ont suivi la tentative de coup d’Etat de 2016 en Turquie. Deux fois par mois, cette femme au foyer prenait le bus depuis Ankara, où elle réside, jusqu’à la prison de Silivri à Istanbul, soit vingt heures de trajet en tout, pour pouvoir passer une demi-heure avec Furkan, 23 ans, condamné à perpétuité pour avoir « tenté de renverser l’ordre constitutionnel ».

Plus de visites désormais car Melek est à son tour incarcérée depuis le 17 juillet à Bakirköy, l’établissement pénitentiaire réservé aux femmes à Istanbul. La justice turque l’accuse d’« incitation au crime ». Quelques phrases prononcées lors d’une émission de télévision sur la chaîne progouvernementale Akit TV, ont suffi à la faire inculper. La première audience de son procès devait avoir lieu lundi 21 septembre à Istanbul.

Lire aussi Turquie : 151 personnes impliquées dans le coup d’Etat manqué condamnées à la prison à vie

Son crime est d’avoir clamé l’innocence de son fils, condamné « injustement » à la prison à vie avec des centaines de ses camarades, « alors qu’ils n’ont rien fait sinon obéir aux ordres de leurs supérieurs », avait-elle confié lors d’une entrevue avec Le Monde le 25 janvier. Pour elle, il n’y a aucun doute, Furkan et ses coaccusés se sont fait berner par des officiers putschistes.

Le président Recep Tayyip Erdogan et son premier ministre du moment, Binali Yidirim, s’étaient portés partie civile au procès des jeunes militaires condamnés, un épisode judiciaire de plus dans la saga des purges organisées après le putsch manqué. La paternité en a été attribuée à un prédicateur qui réside aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, un ancien allié politique du président turc, devenu depuis sa bête noire.

Melek, qui assistait à l’audience avec d’autres mères, a senti le sol se dérober sous ses pieds à l’énoncé de la sentence. « J’ai compris qu’il n’y avait pas de justice dans ce pays et qu’il fallait la chercher dans la rue. » Le combat de cette mère de trois enfants, 43 ans, dérange les autorités.

Dans le tourbillon du putsch raté

Quatre ans après les faits, aucune enquête n’est venue éclairer les heures sombres du putsch raté. La version officielle des événements ne doit pas être remise en question.

« La plus grande crainte des autorités, c’est que d’autres mères de soldats – et elles sont des milliers dans la même situation – ne se mettent à réclamer justice elles aussi. D’où cet acharnement contre Melek dont je salue le courage », explique Ömer Faruk Gergerlioglu, député du Parti de la démocratie des peuples (HDP, opposition).

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