America

Les failles de la démocratie américaine, épisode 6 : les scénarios catastrophe du 3 novembre


Dans un bureau de vote d’Austin (Texas), le 13 octobre 2020.

Qui a dit que les revues juridiques étaient ennuyeuses ? En septembre 2019, le Journal de l’Université Loyola de Chicago publie un article qui se lit comme un roman d’anticipation. Si son titre se conforme à la rigueur et à la sécheresse attendues, « Préparation pour une élection présidentielle contestée : un exercice d’évaluation et de gestion des risques électoraux », l’exposé d’Edward B. Foley, de l’université d’Etat de l’Ohio, met en scène avec brio le carambolage électoral redouté au soir du 3 novembre.

Rien n’y manque, pas même les messages imaginaires en lettres capitales que le président américain Donald Trump pourrait publier sur son compte Twitter dans le feu de la crise. Si on se fie au scénario du professeur de science politique, il pourrait plonger les Etats-Unis dans une incertitude historique jusqu’au 20 janvier 2021, date fixée par la Constitution du début du mandat du président élu un peu plus de deux mois plus tôt.

Edward Foley a mis en évidence par le passé un effet de « bascule bleue » lors des opérations de dépouillement des bulletins du fait du vote par correspondance. Plus utilisé par des électeurs démocrates que par les républicains, il est décompté plus lentement que les votes exprimés dans les bureaux de vote. Ce phénomène a ajouté du suspense en 2018 à de nombreuses élections particulièrement disputées. En Floride, il a entretenu les espoirs du sénateur démocrate sortant Bill Nelson. Ce dernier a échoué à seulement 10 000 voix de son adversaire républicain, Rick Scott, après avoir additionné plus de 20 000 voix supplémentaires après les premiers résultats. Dans l’Arizona, il a permis au contraire la victoire de la démocrate Kyrsten Sinema, pourtant distancée au soir de l’élection de plus de 15 000 voix, avec une marge de plus de 55 000 voix.

« Bascule bleue »

Le scénario du professeur repose sur deux postulats : une élection à ce point serrée que les deux principaux candidats ne sont départagés que par un seul Etat, la Pennsylvanie, et une « bascule bleue ». Arrivé en tête au soir de l’élection, Donald Trump est finalement battu sur le fil par le candidat démocrate, de seulement quelques milliers de voix. Alors que ces résultats sont validés au niveau de l’Etat, ils sont contestés par Donald Trump qui y trouve la justification de ses attaques contre le vote par correspondance, accusé d’alimenter la fraude.

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A son instigation, les deux Chambres de l’Etat, où les républicains sont majoritaires, décident de nommer une délégation concurrente de 20 grands électeurs le jour du vote du collège électoral, le 14 décembre. La querelle s’étend ensuite au Congrès, chargé de valider les votes des grands électeurs au début du mois de janvier. Le président du Sénat, par ailleurs candidat républicain à la vice-présidence, Mike Pence, s’y oppose à la speaker de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, forçant la Cour suprême à intervenir.

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