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Les sourds et malentendants pour le développement du masque transparent

Le «masque inclusif» dispose d’une partie vitrée qui rend visible la bouche et permet de lire sur les lèvres.

Porter le masque dans la rue, au bureau… Cette injonction est une source d’angoisse pour les personnes sourdes et malentendantes pour qui ce geste barrière complique le quotidien, puisque beaucoup lisent sur les lèvres.

«La communication est rendue difficile, explique Solen, malentendante. Je me sens perdue et je n’ose pas toujours le dire donc ça m’arrive de faire semblant de comprendre.» Comme elle, ils sont nombreux à se retrouver isolés, y compris dans leur vie professionnelle. Julie est malentendante et tient une boulangerie avec son conjoint. Avec le port du masque, elle «vi(t) un enfer». «D’habitude je suis quelqu’un de très sociable et de souriante, souligne-t-elle, mais là je suis mise en difficulté avec les clients et ça me pèse. Je suis triste, fatiguée et je préfère être seule».

Afin d’éviter ces incommodités, certains demandent à leur interlocuteur de retirer leur masque pour leur parler. Une demande qui cause souvent l’incompréhension de certains témoins, qui peuvent devenir violents. Lucie*, sourde profonde, a vécu deux incidents qui l’ont profondément marquée. Ses interlocuteurs ont été virulemment insultés et l’un a failli se faire frapper. Retirer son masque est aussi dangereux d’un point de vue sanitaire, comme le souligne Nathalie, malentendante et de santé fragile. «Étant une personne à risque, je n’ai pas envie que les gens baissent leur masque, même si j’ai besoin de la lecture labiale pour interagir avec eux. C’est trop dangereux, dit-elle. Je suis vraiment dans une bulle puisque la communication est impossible.»

«Le masque inclusif est plus simple à supporter»

Pourtant, le masque inclusif existe. Également appelé «masque fenêtre», il dispose d’une partie vitrée en son milieu qui rend visible la bouche et permet de lire sur les lèvres de celui qui le porte. À ce jour, deux modèles sont homologués par la direction générale de l’armement (DGA): Masque Inclusif® produit par APF entreprises et Masques Sourire® réalisé par Odiora. Fabriqués en France, ils coûtent respectivement 10,90 euros et entre 13 et 15 euros. La secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel a travaillé au développement de tels masques et en met au quotidien. Afin de les rendre plus accessibles, elle insiste: «Il est important que la production augmente, ce qui générera de fait une baisse des coûts de fabrication et donc du prix unitaire». Une priorité, assure-t-elle, puisque «le masque inclusif permet de garder le lien visuel de communication, son usage va bien au-delà du handicap.» La ministre cite notamment les secteurs de l’hôtellerie et de la petite enfance où il serait très utile. Un avis que partage Matthieu Annereau, le président de l’association nationale pour la prise en compte du handicap dans les politiques publiques et privées (APHPP): «Le masque inclusif permet une ouverture globale, affirme-t-il. Il est plus simple à supporter ce qui n’est pas négligeable dans nos sociétés où le masque pourrait s’imposer dans la durée.»

À l’heure actuelle, Masque Inclusif®, dont les modèles ont été les premiers homologués, a produit 20 000 masques contre 2000 prévus initialement. Sa créatrice, Anissa Mekrabech, s’est inspirée de sa propre expérience, ayant une surdité bilatérale. Elle vient d’écrire une lettre au ministre de l’Éducation nationale dans laquelle elle souligne les risques d’une rentrée masquée «sans fenêtre». Elle y expose les témoignages de parents d’enfants sourds et de professeurs inquiets. Anissa Mekrabech croit au développement de cet accessoire dont elle a appris par des témoignages que l’utilité ne se limitait pas seulement aux personnes sourdes, malentendantes et à leur entourage.

*Le prénom a été modifié à la demande de la personne

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