America

L’ex-ministre mexicain de la défense inculpé aux Etats-Unis pour narcotrafic


Enrique Peña Nieto, alors président mexicain, en compagnie de Salvador Cienfuegos, en 2016 à Mexico.

Jamais un militaire mexicain de son rang n’avait été inculpé aux Etats-Unis pour narcotrafic. Révélé, vendredi 16 octobre, l’acte d’accusation contre Salvador Cienfuegos, ancien ministre de la défense de 2012 à 2018, a fait l’effet d’une bombe au Mexique. Le général de 72 ans, qui a mené la guerre sanguinaire contre le crime organisé, est accusé par les autorités américaines d’avoir protégé un cartel, révélant l’ampleur de l’infiltration mafieuse au sein des plus hautes instances de l’Etat mexicain.

C’est à sa descente d’avion que M. Cienfuegos a été interpellé, jeudi 15 octobre, à l’aéroport de Los Angeles en Californie, où il s’apprêtait à passer des vacances en famille. Sous le coup d’un mandat d’arrêt de l’agence antidrogue américaine (DEA), le gradé à la retraite est visé par quatre chefs d’accusation pour association de malfaiteurs dans le but de produire, importer aux Etats-Unis et distribuer de la drogue entre 2015 et 2017, alors qu’il était en fonctions. Il est aussi accusé de blanchiment d’argent pour le compte du cartel H-2, héritier de l’organisation mafieuse des frères Beltran Leyva, fraction dissidente du puissant cartel de Sinaloa.

Vendredi, M. Cienfuegos s’est présenté à une première audience, à Los Angeles, qui a duré moins de cinq minutes, pour lui signifier son inculpation, avant un prochain rendez-vous prévu le 20 octobre. Il devrait être transféré à New York, où la cour de Brooklyn l’accuse d’avoir abusé de sa fonction pour passer une tonne de marijuana et des kilos de cocaïne, héroïne ou méthamphétamines, aux Etats-Unis. Celui que les enquêteurs de la DEA avaient surnommé « El Padrino » (le parrain) aurait aussi informé le cartel des enquêtes menées par l’agence américaine.

La méfiance des Etats-Unis envers le gouvernement mexicain

Ces révélations secouent le Mexique. M. Cienfuegos a dirigé la lutte antidrogue sous le mandat de l’ancien président, Enrique Peña Nieto (2012-2018). Son bilan est critiqué, avec plus 125 000 homicides en six ans. M. Cienfuegos a aussi couvert des violations des droits de l’homme commises par ses soldats. En tête, le massacre, en 2014, à Tlatlaya, dans l’Etat de Mexico, d’une douzaine de présumés narcotrafiquants après leur reddition.

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La même année, M. Cienfuegos avait refusé de collaborer à l’enquête sur la disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa (Etat de Guerrero), malgré les preuves de la présence de l’armée lors du drame. Sans compter, sous son ministère, l’évasion, en 2015, de Joaquin « El Chapo » Guzman, chef du cartel de Sinaloa. Arrêté l’année suivante, puis extradé aux Etats-Unis, « El Chapo » a été condamné, en 2019, à la prison à perpétuité par la cour de Brooklyn lors d’un procès retentissant qui avait révélé la corruption mafieuse au sein de l’Etat mexicain.

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