France

«On va casser du pédé» : deux jeunes Clermontois victimes d’une agression homophobe

Après un couple d’hommes roué de coups à Paris le 21 juillet, c’est au tour de deux jeunes Clermontois de faire les frais de la haine homophobe. Mercredi après-midi, Alexis, 23 ans, a raconté sur Twitter «l’agression homophobe» qu’il venait de subir «en plein centre de Clermont-Ferrand [et] en pleine journée, à 13 heures». Le jeune homme, étudiant en économie, évoque les «insultes et menaces de mort» proférées à son encontre et à celle de Lucas, l’ami du même âge qui l’accompagnait. Ce dernier, lui aussi étudiant, parle d’un acte «gratuit et agressif».

Rien ne laissait transparaître leur orientation sexuelle. Les deux camarades, «à distance» l’un de l’autre, déjeunent sur les marches de la cathédrale de Clermont-Ferrand, aux abords de la rue des Gras et de la place de la Victoire, lieux bien connus des locaux. «La première des sécurités, c’est de ne rien faire voir. Je fais attention en sortant, je ne montre pas ce que je suis, confie Alexis à Libération. Ce n’est pas normal, un couple hétéro n’a pas à le faire [pour se sentir en sécurité, ndlr]. Mais même en ne montrant rien, ça n’empêche pas de faire insulter», déplore Alexis.

«J’ai relevé la tête et je l’ai vu à 3 centimètres de moi»

«Les pédés, c’est plus à la mode depuis 2000. On les a supportés jusqu’en 2019, mais en 2020 on n’en veut plus !» leur lance un homme, la trentaine, en s’approchant d’eux. Lucas, qui n’y prête d’abord pas attention, ne remarque pas que l’individu s’est rapproché davantage : «Je pensais qu’il était parti. J’ai relevé la tête et je l’ai vu à 3 centimètres de moi, il voulait me faire un “check”.» Lucas refuse.

Mais l’agresseur ne s’arrête pas là. Il rejoint un groupe de quelques personnes semblant l’accompagner pour leur signifier, en hurlant, qu’il «avait trouvé un nouveau terrain de jeu». «Venez, on va casser du pédé !» s’écrie-t-il, se souvient Alexis. Les deux sont sur le qui-vive. «J’ai regardé autour de moi pour savoir s’il était encore là. Il y avait un peu d’inquiétude», confesse Lucas. Quant aux passants, si certains ont pu entendre les insultes homophobes, aucun n’a réagi.

«Une augmentation du nombre d’agressions LGBTphobes»

Les élus et représentants politiques locaux réagissent rapidement et apportent leur soutien aux deux victimes. «Clermont-Ferrand était plutôt préservée des violences homophobes, assure Olivier Bianchi, le maire socialiste de la ville. J’ai souhaité dire très vite que ce n’était pas digne des valeurs de notre cité.» Néanmoins, Simon Didierlaurent, codélégué de l’association SOS Homophobie Auvergne, «constate une augmentation du nombre d’agressions LGBTphobes à Clermont-Ferrand». En 2019, deux plaintes avaient été déposées à Clermont-Ferrand pour agression à caractère homophobe. Même nombre en 2020, mais l’année n’est pas encore terminée. Au niveau national, les actes de haine et de violence à l’encontre des personnes LGBTI ont augmenté d’environ 30% entre 2018 et 2019.

Sur Twitter, la préfète du Puy-de-Dôme a encouragé Lucas et Alexis à déposer plainte. Ils l’envisagent mais ne sont pas, pour l’heure, passés au commissariat. «Si je porte plainte, ce n’est pas pour moi, mais pour éviter que les autres n’aient à vivre ça», avertit Lucas. «On pense que tout va bien mais ce genre d’agression nous fait une piqûre de rappel. Rien n’est gagné», estime Alexis.

Johan Maviert

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