France

Que sait-on de la mort de Mahamadou Fofana, cousin d’Adama Traoré?

Un homme de 35 ans est mort noyé dans la Seine dans la nuit de dimanche à lundi, à Bougival (Yvelines), à la suite d’une course-poursuite avec les forces de l’ordre. L’affaire, qui avait d’abord été peu relayée par les médias, a pris une dimension nouvelle après la révélation de l’identité de la victime, Mahamadou Fofana, cousin d’Adama Traoré, mort en juillet 2016, lors de son interpellation par des gendarmes.

La police affirme être intervenue suite à la constatation d’un vol de motos, et avoir tenté de sauver de la noyade l’homme, après que celui-ci s’était jeté volontairement à l’eau pour fuir. Alors qu’une autopsie était menée mardi, dans le cadre d’une enquête pour «recherche des causes de la mort» confiée à l’IGPN, la version des forces de l’ordre demeure contestée par Kangne Fofana, sœur de la victime qui, épaulée par Assa Traoré, figure du mouvement antiraciste et de la lutte contre les violences policières, a lancé un appel à témoin afin de connaître la vérité. 

Dans la version de la police, à laquelle Libération a eu accès, les effectifs de la brigade de nuit et de la bac de Saint-Germain-en-Laye sont appelés à 23h05 pour un vol de motos qui se déroule au niveau du square des Montferrands, à Marly-le-Roy. On leur signale que plusieurs personnes sont en train de charger une moto dans une camionnette blanche.

«À cinq ou six mètres du bord, il plonge régulièrement sous l’eau»

Sur place, Libération a pu retrouver une voisine, à l’origine de l’appel au 17. Elle raconte : «J’ai entendu du bruit, donc je suis sortie sur mon balcon et j’ai vu cinq hommes, deux à pied et trois dans le camion. Ils étaient en train de s’affairer autour d’une moto. Les deux hommes à pied ont fui vers le haut de la résidence, les trois en camion sont partis dans la direction de Saint-Germain-en-Laye.»

La BAC, la Brigade anti-criminalité, prend alors en chasse la camionnette, qui se dirige vers le pont du Pecq. Toujours selon la version de la police, ce véhicule est abandonné plus bas, au niveau de la rue de Paris, où un homme prend la fuite à pieds. «Les fonctionnaires le perdent de vue après qu’il a traversé la passerelle de Port Marly» précise une source policière à Libération. «A 23h12, ils se retrouvent au niveau des bâtiments d’Emmaüs, sur l’île de la Loge et sortent de leur véhicule. Là, ils entendent des bruits en contrebas, vers la berge, et constatent que l’homme s’est jeté dans la Seine.»

D’après les déclarations des policiers présents, l’homme tente de rejoindre à la nage la rive opposée. Mais, au milieu du parcours, il présente des signes de panique et décide de faire demi-tour. «À cinq ou six mètres du bord, il plonge régulièrement sous l’eau et est en difficulté, les pompiers sont appelés» poursuit notre source. «Un premier policier saute pour aller le récupérer, mais il se retrouve en difficulté à cause de ses rangers et de son gilet pare-balles. Alors un deuxième policier le rejoint. Ils parviennent à ramener l’homme sur la berge.»

Ce dernier, selon les forces de l’ordre, est alors inconscient. Un massage cardiaque est effectué jusqu’à 23h31, heure à laquelle les pompiers arrivent. Ils ne parviendront pas à le sauver. Le décès est prononcé à 00h09. 

«Je n’y crois pas trop à cette thèse»

Deux jours après avoir appris la mort d’un des leurs, la famille doute profondément de la version des policiers. Devant la caméra du média Là-bas si j’y suis, lundi 14 septembre, Kangne Fofana, sœur de Mahamadou Fofana, refuse de croire qu’il a pu être impliqué dans un vol de motos, puis se jeter volontairement à l’eau. Elle évoque un décès dans des «circonstances très floues» et ajoute : «C’est l’IGPN qui est venu chez mes parents pour annoncer son décès. Comme quoi il a été pris en chasse par la police et a tenté de fuir et s’est jeté dans la Seine, d’après eux. Mais moi je n’y crois pas trop à cette thèse, mon frère a 35 ans, deux enfants, c’est un père de famille, il est responsable. Je n’y crois pas à cette thèse selon laquelle mon frère se jette dans l’eau. On veut rétablir la vérité. Surtout que là on vient de voir dans Le Parisien que soi-disant c’est un voleur présumé, moi je n’y crois pas à tout ça.»

Selon le parquet, contacté par francetvinfo, l’enquête ne permet pas encore d’affirmer «s’il s’est jeté à l’eau ou y est tombé accidentellement en prenant la fuite, les éléments de l’enquête sont en cours pour déterminer le plus précisément possible le déroulement des faits».

L’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, a par ailleurs précisé à l’AFP avoir en sa possession des «témoignages qui indiquent qu’il [Mahamadou Fofana] n’a pas sauté à l’eau». Sollicité à de multiples reprises ce mardi par Libération, il n’a pas donné suite. Mais d’après nos informations, une partie au moins de ces témoins se seraient tenus près de la passerelle de port-Marly, que Mahamadou Fofana aurait emprunté dans sa fuite. Ils assurent n’avoir entendu aucun bruit de chute. De fait, selon la police, la victime ne s’est pas jetée à l’eau à cet endroit, mais dans l’autre bras du fleuve, de l’autre côté de l’île de la Loge. D’après nos constatations, il n’y a pas, à cet endroit, de caméras de vidéosurveillance.

Interrogés par Libé sur l’endroit désigné par les policiers comme étant le lieu de la noyade, des riverains et pêcheurs parlent d’une zone «où il y a du courant, des algues», «et pas d’éclairage la nuit». Ce bras de fleuve est large d’une centaine de mètres.

Mardi soir, le parquet de Versailles n’avait pas encore communiqué sur les résultats de l’autopsie. Enfin, outre l’enquête IGPN, une autre enquête disjointe, concernant cette fois le vol de motos, a été confiée, d’après le Parisien, à la sûreté urbaine de Saint-Germain-en-Laye. 

Robin Andraca , Anaïs Condomines , Stella Bandinu

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